Défendre les libertés, et notamment la liberté d’expression, en Chine et au Tibet est un engagement dont la légitimité ne se discute pas. Pour autant, je m’interroge sur le sens qu’il faut accorder aux manifestations qui entourent le parcours de la flamme olympique et aux appels au boycott de la cérémonie d’ouverture des J.O, voire des Jeux eux-mêmes. A-t-on vu pareille mobilisation lors de l’attribution des Jeux à Pékin ? S’est-on pareillement indigné lors de l’annonce des transferts de technologie à la Chine à l’occasion de la vente de TGV ou d’avions ? A-t-on condamné le fait que la police française – et notamment le GIGN - entraîne la police chinoise ? A-t-on interpellé le Président de la République pour la mollesse de ses interventions sur les droits de l’ homme lors de son voyage en Chine ? A-t-on, avec la même vigueur, demandé des comptes à Ségolène Royal pour son éloge de la rapidité de la justice en Chine ? Pourquoi concentrer sur les Jeux Olympiques une protestation qui réclame de la durée et de la permanence, alors même que le Dalaï-lama, pourtant directement concerné, ne réclame pas ce boycott et reconnaît une légitimité à l’organisation des Jeux par Pékin ? S’agit-il vraiment, dans cette affaire, de défendre le Tibet ou plutôt d’attaquer la Chine sans distinguer le peuple chinois de ses dirigeants ? Dans l’Antiquité, les jeux Olympiques étaient l’occasion d’une trève (κεχειρία [ekekheiría]). Elle était proclamée par des hérauts qui parcouraient toute la Grèce, dans le but d'assurer la sécurité des athlètes et des visiteurs qui se rendaient à Olympie. En 384 avant J.C, Phrynon fut attaqué par des troupes macédoniennes alors qu'il se rendait aux Jeux. Alerté, Philippe lui rendit tout ce que ses soldats lui ont dérobé ainsi qu'une compensation, et lui demanda d'excuser ses troupes qui, selon lui, ignoraient qu'il s'agissait du mois sacré.
C’est sans doute naïveté, mais ne pourrait-on pas, sans illusion, conserver à cet événement sa valeur symbolique de moment de Paix Universelle en continuant, par ailleurs, de lutter pour la Liberté ?
Commentaire
étonnantes réflexions de Gérard Bouchet, que je ne partage pas : ces manifestations ont cristallisé tout ce que vous avez dit, mais pas un brutal accès de fièvre. Je ne crois pas qu'elles soient anti-chinoises, les Chinois "Han" sont eux-mêmes opprimés par leur gouvernement.
Il faut aussi distinguer ce qui relève de la liberté d'expression et la violence intolérable (jets de cannettes etc.).
Et faire leur part aux responsabilités des agents des dictateurs chinois: si la halte devant l'hôtel de ville a été supprimée, est-ce parce qu'il y avait trop de manifestants ou parce que les images n'auraient pas été bonnes pour la propagande du régime?
Que ceux qui sont si prompts à invoquer l'indépendance nationale face à l'Europe ne s'offusquent pas de voir l'ambassade de Chine populaire faire la police dans Paris, voilà qui détonne !
Au chapitre "grandes manoeuvres", cela augurerait-il d'un rapprochement entre le MDC et Mélanchon? ;)
Ceci dit :
- le Tibet de la première moitié du siècle était bien une sorte de conservatoire, un pays idéal ... surtout pour comprendre par exemple comment pouvait fonctionner la domination sociale des moines de Cluny aux XIe-XIIe siècles.
- si j'étais Sarko, je me ferai du mouron : pour la première fois depuis longtemps, c'est bien "la rue" qui gouverne, et ce genre de cristallisation des mécontentements n'augure rien de bon pour lui...
Pour résumer la situation, moi je n'entends qu'un assourdissant tintamarre où domine:
"Méchants Chinois; gentil Dalaï Lama; millénaire culture tibétaine écrasée par la violence chinoise..."
Et bien non ! Je ne suivrai pas le flot moutonnier!
D'abord les faits systématiquement biaisés par nos média. Comment ça a commencé ?
Un pogrom anti-chinois à Lhassa!
Ensuite, que penser de la société traditionnelle tibétaine ? Une théocratie, obscurentiste, misogyne et quasi esclavagiste. Les réformes mis en oeuvre par le pouvoir chinois ont certainement davantage amélioré le sort des Tibétains de base que le contraire.
Une question qu'on devrait se poser: Pourquoi cet acharnement soudain contre le pouvoir chinois et même contre le peuple chinois tout entier? Quelle mouche a piqué nos médias ? Pourquoi les opposants à cette pensée unique n'ont-ils jamais la parole ? Va-t-on entendre à nouveau le sénateur Mélanchon ?
Savoir les causes de "l'affadissement de la pensée critique", voila une question pertinente.
J. Coeuillet
Si les chinois sont aussi pourris qu'on le dit : pourquoi leur avoir accordé l'organisation des jeux ? Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on découvre la répression en Chine.
Nous sommes dans une splendide contradiction : accorder les jeux et dire ensuite qu'on veut les boycotter ! Comprenne qui pourra !
Il n'y a pas de "splendide" contradiction, mais des arguments bien faibles de la part des "Chinois" (au sens où on pouvait être "Chinois" en 68, c'est-à-dire en ne connaissant rien de la réalité de ce pays...).
On lit même quelqu'un d'ordinaire si pertinent que Gérard Bouchet en appeler à la Grèce antique pour défendre le Parti Communiste Chinois... sans doute n'ignore t-il pas que la démocratie grecque n'avait pas grand chose à voir avec la démocratie moderne, et, en bon laïc, que les Jeux olympiques étaient empreints de religion, mais pourquoi alors introduire la confusion chez ses lecteurs ?
Et est-ce que l'oppression féodale il y a cinquante ans peut justifier l'oppression aujourd'hui et la destruction programmée de l'identité d'un peuple ? En êtes vous encore à la Révolution culturelle ?
Je ne défends pas la PC Chinois. Je m'interroge sur le sens que peut avoir, chez nous, la condamnation des pratiques d'un gouvernement répressif à l'occasion des Jeux Olympiques, et seulement à l'occasion des Jeux, alors qu'on ne constate rien de tel s'agissant des contrats commerciaux que notre Etat peut passer avec la Chine. On veut boycotter la cérémonie d'ouverture mais on consomme du "made in china" sans rechigner ni barguiner !
Sur cette "affaire', l'esprit semble pris de vertige. Tout est raison et déraison; tout est moral et a-moral, tout est justice et injustice, enfin tout paraît justifiable et injustifiable. Pourquoi alors ces nombreux paradoxes? Peut-être, qu'il faut y voir les résultats d'une euphémisation du discours moderne et une segmentation de la réflexion sur des questions dont la durée de vie (communication oblige!) ne dépasse plus quelques heures. Effets "zapping" probablement? L'individu ne parvient plus à s'inscrire dans la durée, ne comprend plus que hors du dogme ou du religieux, il n'y a pas de "vérités premières" mais qu'il n'y a que des "erreurs premières" (G. Bachelard). Ainsi, comme on l'habitue sans arrêt à "donner son avis" (le culte de l'immédiateté qui encense l'interviewé), l'individu produit des "vérités" que d'aucun ne sera en mesure de nuancer. Affadissement de la pensée critique?
En tous cas, sur cette "affaire" du Tibet, il y a les principes (50 ans de destructuration socio-culturelle par la Chine d'une société : voir la nouvelle architecture de Lhassa); mais il y a aussi l'argent, le culte du profit venant de ce "socialisme de marché" (!) et les intérêts immédiats de la caste financière "occidentale". Quant aux populations (chinoises, tibétaines, européennes, américaines...)...ne rêvons plus!