J’ai consacré beaucoup de temps à la réflexion sur la laïcité. J’ai produit une thèse universitaire sur le sujet, publié deux ouvrages et plusieurs articles sur la question, prononcé sur ce problème plusieurs dizaines de conférences devant des publics divers. Je crois être assez bien informé de l’histoire de la laïcité française et de ses fondements philosophiques et culturels. La lecture intégrale du discours de Nicolas Sarkozy au Palais de Latran le 2 décembre 2007 (publié sur le site Internet du Journal La Croix), constitue pour moi une agression à l’égard de tous les citoyens français attachés, comme je le suis, à la laïcité et à ses valeurs, agression qui n’a, à ma connaissance, aucun précédent de la part d’un représentant officiel de la République française par sa forme, son contenu et le lieu où elle s’est exercée.
" Je sais que l’interprétation de la loi de 1905 comme un texte de liberté, de tolérance, de neutralité est en partie une reconstruction rétrospective du passé. " Nicolas Sarkozy a-t-il lu une seule ligne des longs débats parlementaires qui ont entourés le vote de cette loi ?
" La République a intérêt à ce qu’il existe une réflexion morale inspirée de convictions religieuses. D’abord parce que la morale laïque risque toujours de s’épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini." Nicolas Sarkozy croit-il sérieusement que les convictions religieuses protègent du fanatisme…. ? Comment ose-t-il affirmer que seul le religieux peut protéger la morale laïque d’une dérive vers le fanatisme ? Un tel propos relève de l’insulte ?
" C’est par le baptême de Clovis que la France est devenue Fille aînée de l’Eglise. Les faits sont là. " La France fille aînée de l’Eglise : un fait ? Comment le Président d’une République, laïque par sa Constitution, peut-il tenir pour un fait pareille prétention ?
Tout au long de ce discours, les rares concessions faites à la laïcité visent toutes à conduire à cette affirmation : " J’appelle de mes vœux l’avènement d’une laîcité positive " ce qui signifie clairement que le Président de la République considèreque, jusqu'ici, la laïcité a été négative pour la France et qu’il faut faire advenir une autre laïcité que celle qui est issue de la loi de 1905, c’est-à-dire que, pour lui, il ne faut plus de laïcité du tout !