François Bayrou est le seul homme politique français dont une loi a fait l'objet d'une censure du Conseil constitutionnel au motif que son texte " contrevient au principe de la laïcité de la République posé par l'article 2 de la Constitution et méconnaît le devoir de l'Etat concernant l'organisation de l'enseignement public, gratuit et laïque à tous les degrés imposé par le Préambule de la Constitution de 1946." (Décision n° 93-329 DC du 13 janvier 1994)
Il était alors ministre de l'éducation nationale et souhaitait abroger un article de la loi Falloux (1850) encore en vigueur qui encadre le subventionnement des établissements privés par les collectivités locales.
On accordera à F. Bayrou que cette tentative releve, chez lui, d'une conviction profonde. En effet, en toutes occasions, il témoigne d'une conception de la laïcité qui n'a rien à voir avec celle que les promoteurs de la séparation des Eglises et de l'Etat ont fait prévaloir en France en 1905. " La laïcité n'est pas l'ennemi de la conviction religieuse, mais la prise en compte de toutes " dit-il dans un discours du 10 février 2004. S'il a raison sur la première partie de son propos, il est hors sujet dans la deuxième partie. La laïcité n'est pas l'ennemi de la conviction religieuse. Elle ignore les convictions religieuses dans la spère publique et ne reconnaît aucun culte. Dire d'une conception qui ne reconnaît aucune religion qu'elle les prend toutes en compte, l'agrégé de grammaire qu'est F. Bayrou devrait normalement qualifier cela de contre-sens !
Qu'un homme politique prétendant à la magistrature suprême puisse tenir un tel propos sur une valeur qui définit constitutionnellement notre République devrait l'éliminer plus sûrement de la compétition que l'insuffisance de parrainage qui a écarté certains candidats potentiels. F. Bayrou a le droit de croire ce qu'il veut, mais il ne peut prétendre présider une République laïque faute de savoir ce qu'elle est.

Le fronton de l'Eglise de Lamanon (Bouches-du-Rhône)