Les choses sont claires pour demain.
Si le parti de Nicolas Sarkozy obtient une majorité trop écrasante au Parlement, pour cinq ans, il n’y aura plus d’obstacle sérieux à la mise en œuvre d’un programme qui considère que les lois du marché et de la concurrence peuvent tout régler. Il n’y aura plus d’obstacle à la remise en cause de ce qui fait le fondement de notre pacte républicain : l’organisation par l’Etat, au travers d’un service public, de la solidarité entre les régions, entre les générations, entre les catégories sociales, au profit d'une société où l'individualisme sera la "valeur" dominante. S’il n’y a pas une opposition suffisante pour contraindre le Président à renoncer à certains de ses projets qui ne servent manifestement qu’une catégorie de la population : la plus aisée économiquement, nous risquons d’entrer dans une société où les conflits sociaux deviendront la seule arme des pauvres et des plus démunis.
Ce n’est pas ce qui est souhaitable pour la France et les Français.
Il faut donc envoyer au Parlement une opposition significative - et là où nous ne gagnerons pas - il faut qu'un maximun d’électeurs fasse savoir, par leur vote, leur opposition aux mesures qui déjà s’annoncent : hausse de la TVA, franchise sur les soins médicaux, suppression de la carte scolaire…. Ce sera le moyen de faire savoir aux élus qu'ils ne représentent pas que leur camp.
Demain, dans un sens ou dans l'autre chaque voix comptera !
On a peu parlé de l’Europe au cours de ces campagnes électorales. Et pourtant ! Ce qui va se passer en Europe est déterminant pour la vie quotidienne des Français.
Denière illustration en date : La Commission européenne vient d’ouvrir une procédure formelle d'examen, en vertu des règles sur les aides d'État du traité CE, au sujet d'aides présumées en faveur de grandes et moyennes entreprises en France, sous forme de tarifs industriels d'électricité réglementés à un niveau artificiellement bas, financés directement ou indirectement par l'État.
Aujourd’hui les entreprises ont le choix. Elles peuvent acheter leur électricité soit sur le marché libéralisé, soit à EDF. Les prix réglementés pratiqués par EDF sont de loin inférieurs à ceux pratiqués sur le marché libéralisé.
Pour Bruxelles cette situation est anormale. Les entreprises français paient leur électricité trop peu cher.
On voit bien où les choses pourraient aller à l’issue de l’enquête : interdiction faite à L’Etat de réglementer les prix de l’énergie électrique – hausse des coûts de production pour les entreprises – baisse de la compétitivité .. etc… etc… on sait quel scénario pourrait alors s’écrire.
Le tout libéral est un danger mortel dans ce domaine comme dans d’autres. L’Etat doit garder le contrôle des coûts de l’énergie et EDF doit rester une entreprise nationale. Les Français ont dit NON au projet de Contitution européenne. Il devront rester extrèmement vigilants quant à ce que leur illusionniste de président va proposer dans son " projet de constitution simplifiée ".
Nicolas Sarkozy a gagné parce qu'il possède à la perfection l'art de l'illusionniste : être capable détourner l'attention du spectateur de ce que font réellement ses mains en multipliant les discours et les mouvements qui captent le regard.
Il a promis à ses électeurs la suppression de la carte scolaire. En la matière, les premières mesures annoncées ne sont rien d'autre que la reprise des dispositifs dérogatoires déjà en place. Il n'y a pas de réforme - même amorcée - de la carte scolaire. Pas d'importance. Pour N.S il n'est pas nécessaire de faire, il suffit de faire croire qu'il fait. L'apparence suffit.
Idem en matière de justice. Pour rassurer les inquiets, le roi du tout répression annonce qu'il va instituer des peines-plancher pour les récidivistes. Les délinquants vont voir ce qu'il vont voir ! En fait - et c'est heureux - les juges resteront maîtres de leur appréciation de la peine à infliger. On présente comme une réforme ce qui est en fait le statu-quo !
On pourrait se réjouir de ce qu'il ne fasse pas ce qu'il a dit. Nous espérons qu'une forte opposition l'empêchera de faire ce qui serait mauvais pour une majorité de français. Mais en ne faisant rien, il ne fait pas ce qu'il faut. Il ne fait pas les réformes nécessaires.
Les discours n'engagent que ceux qui les écoutent, pas ceux qui les tiennent. Le réveil de ceux qui ont cru que par Nicolas Sarkozy pouvait arriver un changement risquent d'être pâteux..... Et cinq ans, c'est long !
Ce qui frappe à lecture de détail des résultats électoraux de Valence, c’est leur stabilité globale.
En 2002, Patrick Labaune faisait 46, 03 % des voix à Valence. Il fait aujourd’hui 45,33 %. En 2002, Michèle Rivasi, candidate soutenue par le PS et les Verts faisait 34%. Aujourd’hui, le total cumulé de la candidate des verts et de celle du PS s’établit à 34,9 %. La gauche non socialiste reste dans les mêmes eaux entre 4 et 5%.
Les seules modifications notables sont donc l’écroulement du Front national et l’apparition du Modem, mais ces nouveautées ne modifieront pas sensiblement les équilibres et le tableau d’ensemble.
Une réflexion politique de fond s’impose au regard de cette stabilité. Les campagnes électorales, les dizaines de réunions, les centaines d’affiches collées, les milliers de tracts distribués, les tonnes de papiers consommées… tout cela ne servirait-il finalement qu’à constater la fidèlité globale des électeurs à des convictions qu’ils se sont forgées autrement que par ces campagnes électorales ? Tout cela ne servirait-il finalement qu’à faire osciller légèrement les frontières de chaque camp : plus ou moins 1 % et changer parfois les noms des protagoniste mais non la situation politique ?
On pense irrésistiblement à la phrase du Comte de Lampédusa : " Il faut que tout change pour que rien ne change ! " et aussi à celle de Guillaume d’Orange : " il ne suffit pas d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. "
L’une est pour les soirs de blues, l’autre pour les matins d’espérance.
La baisse du score du front national est soulignée par beaucoup comme une bonne nouvelle. Ce n’est pas mon avis. Trois exemples
1er de la Drôme : 1er tour 2002 : Patrick Labaune 39, 62 % ; Front National 11, 27 %. 1er tour 2007 : Patrick Labaune 45,98 % Front National 4, 71 % . Bilan , Front national : – 6,56 ; Patrick Labaune : + 6,33
2èm de la Drôme : 1er tour 2002 Franck Reynier 29,14 % Front National 18,25 %% . 1er tour 2007 Franck Reynier 40,40 % Front National 7,07 %. Bilan : Front national : – 11,18 ; Franck Reynier : + 11,26
4ème de la Drôme : 1er tour 2002 Gabriel Biancheri 34,15% ; Front national 17,95 .%. 1er tour 2007 Gabriel Biancheri 45, 93% front National 6, 67 %. Bilan : Front national : – 11,28 % ; Gabriel Biancheri : + 11, 78 %
Le Front national comme parti s’affaisse. Ses électeurs se reconnaissent dans l’UMP. Ses idées arrivent au pouvoir dans les fourgons du parti de Sarkozy. Il n’y a pas lieu de s’en réjouir !

