On peut utilement prendre cinq minutes pour écouter J.L Melenchon, Sénateur Socialiste;
Notre opposition, hier, au projet de Constitution pour l'Europe et aujourdh'ui au traité de Lisbonne n'est pas un refus de la construction européenne. C'est le refus de voir l'Europe se construire comme un instrument d'une mondialisation libérale généreuse pour les nantis et cruelle pour les plus faibles et les pauvres. A propos de l'avenir de l'Europe, Il y a un siècle déjà, Jean Jaurès et Ernest Renan ouvraient des perspectives qui n'ont pas été explorées mais qui méritent de l'être comme alternative à ce qu'on veut nous imposer aujorud'hui. Relisons textes dont voici deux brèves citations
Ernest Renan. (Qu’est ce qu’une Nation ?) : Les Nations ne sont pas quelque chose d’éternel. Elles ont commencé, elles finiront. La confédération européenne, probablement, les remplacera. Mais telle n’est pas la loi du siècle où nous vivons. A l’heure présente, l’existence des nations est bonne, nécessaire même. Leur existence est la garantie de la liberté, qui serait perdue si le monde n’avait qu’une loi et qu’un maître.
Jean Jaures (L’Armée nouvelle) : Il n’y a que trois manières d’échapper à la patrie, à la loi des patries. Ou bien il faut dissoudre chaque groupement historique en groupements minuscules, sans liens entre eux, sans ressouvenir et sans idée d’unité. Ce serait une réaction inepte et impossible, à laquelle d’ailleurs, aucun révolutionnaire n’a songé ; car, ceux-là mêmes qui veulent remplacer l’Etat centralisé par une fédération, ou des communes ou des groupes professionnels, transforment la patrie ; ils ne la suppriment pas,… Ou bien il faut réaliser l’unité humaine par la subordination de toutes les patries à une seule. Ce serait un césarisme monstrueux, un impérialisme effroyable et oppresseur dont le rêve même ne peut pas effleurer l’esprit moderne. Ce n’est donc que par la libre fédération de nations autonomes répudiant les entreprises de la force et se soumettant à des règles de droit, que peut être réalisée l’unité humaine. Mais alors ce n’est pas la suppression des patries, c’en est l’ennoblissement. Elles sont élevées à l’humanité sans rien perdre de leur indépendance, de leur originalité, de la liberté de leur génie.
Le projet de constitution européenne a été rejeté le 29 mai et le 3 juin 2005 par le peuple français et le peuple néerlandais. Un projet de "traité simplifié" a été adopté au conseil européen du mois de juin, sous l’impulsion d’Angela Merkel, la chancelière allemande, et de Nicolas Sarkozy, le président français. Après avoir été mouliné par les "spécialistes", il est proposé pour être adopté au Conseil européen des 18 et 19 octobre 2007 à Lisbonne.
LE NOUVEAU PROJET DE TRAITE A LES MEMES DEFAUTS QUE LE PROJET DE CONSTITUTION EUROPEENNE. On y retrouve tout : un nouveau calcul des droits de vote des Etats membres qui place la France en minorité et permet des majorités contre elle ; des dispositions économiques qui restent très favorables aux intérêts de ceux qui spéculent au détriment de ceux qui travaillent ; la création d’un ministre des affaires étrangères autonome, qui s’alignera nécessairement sur la politique américaine. Et, bien sûr, il ne comporte rien qui amorce une réorientation de la politique européenne : rien qui permette de lutter contre le dumping social, la concurrence par les bas salaires et la régression des droits des travailleurs; rien qui permette de protéger les entreprises européennes contre les excès des pays émergents qui inondent nos marchés ; rien qui rende possibles des coopérations renforcées entre les Etats volontaires pour préparer l’avenir, par exemple sur l’énergie ; rien qui permette aux citoyens des Etats membres et à leurs représentants de peser sur les décisions prises.
L’EUROPE MERITE MIEUX QU’UN TRAITE RATIFIE DANS LE DOS DE SES PEUPLES. Pour donner un nouveau dynamisme à la construction européenne. Pour l’orienter vers les besoins exprimés par les peuples d’Europe. Pour peser sur l’avenir de l’Europe. Il faut exiger un référendum sur le "traité simplifié".
Deux traités ont été signés à Rome le 25 mars 1957. Le traité instituant la Communauté européenne et le traité instituant la Communauté européenne de l'énergie atomique ou traité Euratom. Ces deux traités signent l'acte de naissance symbolique de l'Union européenne.
Le 50èm anniversaire de ces traités devrait être l’occasion d’introduire dans la campagne électorale des présidentielles une thématique encore étrangement absente et pourtant essentielle pour l’avenir, celle des conditions d’une relance de la construction européenne sur des bases nouvelles. L’accord politique conclu entre le PS et le MRC en décembre 2006, ouvre une perspective claire en ce sens : le MRC et le PS entendent réorienter la construction européenne pour la mettre au service de l’emploi et de la croissance concertée. Pour cela ils proposent de réformer le pacte de stabilité pour en faire un pacte de croissance, d’instituer un gouvernement économique de la zone euro, capable de mettre en œuvre cette priorité à la croissance, de réformer les statuts de la banque centrale européenne pour inscrire dans ses missions la recherche d’un haut niveau d’activité et d’emploi.
On espère que cette problématique va trouver toute sa place dans les débats des jours à venir.
Pour accéder à une vidéo de JP Chevènement parlant de son dernier livre sur l'Europe, "La faute de Mr Monnet" cliquer sur le lien suivant:
http://www.dailymotion.com/video/xmcyn_chevenement-et-leurope